- I -

- I -
Salut.

Aujourd'hui je suis allé chez mon psychiatre. On a parlé, comme depuis 1 an, de tout et de rien, puisqu'il croit que ça me fait du bien. A vrai dire, je n'en sais rien. Il m'a dit que tenir un blog m'aiderait peut-être. Je m'en fous, mais il y tient. Au début je ne voulais pas, par peur qu'il le lise, mais il m'a promis qu'il ne chercherait même pas. Il dit aussi que comme je n'arrive à parler à personne de ce qui me ronge, à part à lui quelquefois, ça m'aiderait à me libérer. Alors je me libère. Mais personne ne lira jamais ça je suppose.
Deux fois par semaine, je prend une heure et demi de mon temps pour le voir. Le mardi et le vendredi.
Je viens d'apprendre qua dans un mois je change de lycée. Ca ne me perturbe pas. Je n'ai pas d'amis. J'ai l'impression qu'il y a le Vide comme un bruit de fond. On apprend à vivre avec, c'est tout. On se pare, on met par dessus, on empile, des sentiments, des sourires, des colères, des peurs. mais il reste là, caché en dessous. Il est constant. Parfois on découvre sa présence, et l'effroi prend à la gorge. Mais qu'importe le soleil ou les coquelicots, il est là, fixe, il ne bouge pas. Il n'y a qu'un homme qui arrive à le chasser, le faire disparaître, l'anéantir, l'exterminer, ou le dissimuler si bien qu'on le croit mort. Et croire, c'est vivre. Croire, c'est ce qui importe. J'y crois, tant que je suis dans son cabinet. Le vide me guette, près à se jeter sur moi dès que je le quitte.

# Posté le jeudi 03 juillet 2008 15:41

- II -

- II -
Je suis une et je suis multiple. Je vis d' insomnies, d'extrême confusion, de désirs d'en finir, j'ai toujours au fond du lit, les crocodiles de quand j'étais plus petite et que j'avais les jambes moins longues, j'ai encore tous ces cafards qui m'obstruent la gorge, qui me font des noeuds dans le cerveau, qui gonflent mon estomac. On pourrait dire que je suis malheureuse de vivre, même avec la contemplation des coquelicots, l'admiration de l'orage, l'ivresse insoupçonnée, oui beaucoup pourraient dire que je suis malheureuse et il n'auraient pas tort. Mais sans ces noeuds, sans cette complexité d'apparences, sans tous ces démons, avec quelques gouttes de soleil, des thés à toute heure, un lit si chaud de son souffle, sans Elle, oui je pourrais être heureuse. Mais il y a toujours cette chose en moi. Elle arrive à l'improviste, se procure tous mes bien-êtres, si bien qu'ils deviennent trop éphèmères et ne valent même plus le coup d'être vécus. Elle se cache derrière un paravent d'ombre, puis se révèle lorsqu'Elle le veut. Je La hais, je vomis tout mon être pour m'En debarasser, mais rien n'y fait, Elle m'empêche de vivre. Elle a peur du docteur. Elle n'aime pas les sciences, vu qu'elles sont peut être capables de La désarmer. Elle s'accroche, Elle m'aime je crois bien. Mais moi je ne L'aime pas, je me saigne, je me tue, pour La faire sortir. Le seul endroit, le seul moment ou je peux prétendre à un quelconque bonheur, c'est à terre, dans ma salle de bains, lorsque je baigne dans mon sang et mon vomi. Elle part alors, pour une heure, cinq heures, parfois même une journée. Mais c'est une mauvaise herbe, Elle n'en revient que plus forte à chaque fois.
Je me meure petit à petit.

# Posté le jeudi 03 juillet 2008 18:11

- III -

- III -
C'est fini. Fini les jolis après-midi, les étreintes, la chaleur de ses baisers. Je reviens, il n'est plus là et c'est pour toujours. Le peu qu'il m'a dit a été dit d'un ton froid, que je ne l'imaginais même pas capable d'avoir s'il avait eu rien qu'un instant, un brin d'amour pour moi. Il a nourri La Chose. C'est encore pire. Qu'est ce qu'elle avait de mieux que moi cette fille? Et s'il s'en fout maintenant, alors pourquoi il ne revient pas? Jamais je ne lui montrerai que je souffre, jamais il ne le saura, ou je perdrai ma fierté, une des rares choses qui empêchent la vile Créature de s'emparer de mon âme. Il est perdu, perdu dans l'alcool et ses fumets attirants, attirants au péché, au péché de Satan. Je lui ai dit qu'il valait mieux que ce qu'il paraissait en ce moment, mais il m'a repondu qu'il ne fallait pas faire de généralités, qu'il n'y avait que moi qui pouvait le penser. Il n'y a que moi. Je suis seule encore une fois, et personne n'est d'accord. C'est ce qu'il dit, sans émoi. C'est ce qui me fait souffrir. Chaque mot qu'il prononce me fait frémir, de peur, de honte, d'amour.
Tout cet amour amer passera mieux à l'eau de vie, je m'en vais me saoûler, en ressentant une dernière fois les battements de son coeur putride contre ma douce poitrine. Il m'a brûlé à la chaleur humaine, et rien ne peut m'éteindre, personne ne veut m'étreindre, et faire enfin disparaitre tout ceci.

# Posté le mardi 05 août 2008 12:16

- IV -

- IV -
Aujourd'hui je suis allé voir l'homme qui dépend de mon salut, comme d'habitude. Il pleuvait. Quand je suis sorti dans la ruelle adjacente à son cabinet, j'étais bien. Oh, cette ruelle, comme je l'aime et la déteste. D'un côté, il y a ce sentiment de bien être quand je m'y enfonce, mais de l'autre, cette profonde impression d'anormalité qui ressort, sous forme de regards inquisiteurs, quand j'en apparais. Alors je m'y suis attardé, et j'ai regardé tomber lentement les gouttes d'eau du cabanon en bois. Toutes portent mon envie de dépenser ce trop plein d'énergie qu'il y a en moi, de courir, vers ces coquelicots que j'aime tant, vers ces orages effrayants qui me glacent comme cette pluie qui tombait sous mes yeux ébahis. La barrière en bois du fond était trempée. Avant, je prenais souvent l'envie de l'escalader, comme dans les films. Le pavé était glissant, mes pieds mouillés, j'avais froid. J'aurais eu envie de revivre ce moment en boucle, il signifie le côtoiement du bien-être et en même temps de l'envie de s'enfuir à toutes jambes. Finalement, je m'y arrachais et regagnais le monde des gens normaux. Mais avant de rentrer chez moi, je suis allé voir les coquelicots. Le champ était balayé par une légère brise. Mais j'ai dû rentrer chez moi.
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# Posté le mercredi 13 août 2008 12:47

Modifié le mercredi 13 août 2008 13:21

-V-

-V-
Personne n'a tout compris. Oh non, personne ne peut se vanter d'avoir réussi sa vie. Parce qu'il y aura toujours une multitude de petites choses anodines sur lesquelles on a fait des erreurs. Tous ces gens qui se vantent, qui paradent, oh, combien sont-ils? Pour reussir vraiment, une vie ne suffit pas, et ne suffira jamais.Certains peuvent alors souhaiter la réincarnation, d'autres croient à l'eternel retour, comme Nietzsche, mais la plupart ne croient à rien du tout. Réflechissez un instant, si votre vie, soit-elle atroce ou merveilleuse, se répètait à l'infini, afin que vous puissiez corriger vos erreurs, ne serait-ce pas d'un fulgurant ennui? Le pardon de certains êtres qui ont fait du mal trahit une "perversion morale", attachée au monde d'aujourd'hui. L'éternel retour dans le monde n'existe pas. Pour finir, puisque ce monde est tel qu'il est, "tout est d'avance pardonné" et par conséquent on peut dire que "tout y est cyniquement permis".

# Posté le lundi 25 août 2008 12:24